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Les Echos, Mardi 7 Mars 2000
Un an après l'entrée en vigueur du dispositif juridique sur les rachats d'actions, pas moins de 504 sociétés cotées avaient officiellement déposé auprès de la COB des programmes de rachats de titres. Ces programmes de rachats d'actions, qui permettent légalement aux sociétés d'acquérir leurs propres titres dans une proportion de 10 % du capital sur une période de dix-huit mois, n'ont pas été tous mis en oeuvre. Fort heureusement, car si tel avait été le cas, environ 100 milliards d'Euros de capitalisation boursière auraient disparu, privant la Bourse de Paris de 6 % de sa valeur totale. II est difficile d'apprécier précisément le montant des rachats effectivement intervenus. Au 30 septembre dernier, la COB les avait chiffrés à 9 milliards d'Euros, soit près de 60 milliards de francs.
Cette frénésie de rachats d'actions vise d'abord et avant tout à améliorer la tenue du cours de Bourse. Les rachats d'actions peuvent laisser envisager une création de valeur à partir du moment où celle-ci se mesure par l'écart entre les fonds propres et la capitalisation boursière d'une société. Le rachat et l'annulation d'actions permettent de diminuer les capitaux propres, donc d'améliorer la rentabilité sur les capitaux employés, tout en dopant le bénéfice par action. Le nombre d'actions disponibles sur le marché venant à diminuer, cela crée en leur faveur une prime de rareté, qui profite au cours de Bourse et creuse l'écart entre la capitalisation boursière et les fonds propres.
D'abord ces opérations obligent les sociétés concernées à y consacrer des sommes très importantes. A tel point que cela fragilise leur situation financière. C'est le constat que dressait Standard & Poor's pour son bilan de la notation des entreprises françaises au cours de l'année passée. "L'impact négatif du rachat d'actions sur la qualité du crédit tient à la sortie de cash qu'il implique, sans renforcement des positions concurrentielles ni des cash-flow futurs." L'agence de notation cite le cas de Saint-Gobain ou de LVMH dont l'importance des opérations de rachat d'actions ont contribué, entre autres choses, à l'abaissement de leurs notes en 1999. Une telle sanction entraîne un renchérissement des coûts de financement de l'entreprise, dont on peut légitimement penser qu'il ne contribue pas à créer de la valeur. Deuxième raison : en rendant au marché des sommes aussi importantes, les entreprises font l'aveu implicite de leur carence de projets industriels.
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