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Le Temps, Samedi 23 Février 2008
MATIERES PREMIERES. Trois groupes produisent 75% du minerai de fer. Pour 2008, ils imposent une hausse de prix de 65 à 71%. Les sidérurgistes protestent, mais finissent par payer.
Nippon Steel et JFE Holdings, numéros deux et trois de la sidérurgie mondiale, ont annoncé vendredi une hausse de prix de leurs produits en acier de 31%. Avant eux, ArcelorMittal, le numéro un, a averti d'une augmentation des prix de l'acier plat en Europe. Le 5 février, le groupe indien avait déjà relevé ses prix de 12 à 15%. En Chine, Baotou Iron & Steel Group et d'autres compagnies avaient pris les devants le mois dernier.
D'une seule voix, toutes ces entreprises invoquent la hausse du prix des matières premières, notamment du minerai de fer, pour justifier leur décision. Force est de constater qu'un oligopole minier composé du brésilien Vale (ex- Compania Vale do Rio Doce), de l'anglo-australien Rio Tinto et de l'australien BHP Biliton - 75% de la production mondiale - parvient, année après année, à imposer ses prix à la hausse; de 71% en 2005, de19,5% en 2006 et de 9,5% en 2007.
Résistance chinoise
En début de semaine, Vale a demandé une augmentation de prix de 65% pour les futures livraisons. Rio Tinto et BHP Biliton ont réclamé 71% aux sidérurgistes asiatiques, en disant qu'ils économiseraient considérablement sur les frais de transport à partir d'Australie.
Les fournisseurs du minerai de fer surfent sur ce marché glouton de l'acier. La demande en Chine, premier consommateur mondial, en Inde et dans les autres pays émergents, a crû de 176% durant les cinq dernières années. Selon Le Monde, la demande chinoise augmentera encore de 20% en 2008. Dans ces conditions, les sidérurgistes chinois plient d'autant plus volontiers qu'ils ont réalisé 25 milliards de bénéfices en 2007, en hausse de 45% sur l'année précédente.
Chaque année toutefois, Pékin rechigne à accepter la dictature du trio minier, mais finit toujours par céder. Cette semaine, alors que les sidérurgistes japonais Nippon Steel et JFE Holdings, le sud-coréen Posco et l'italien Ilva ont accepté la surenchère, les grands sidérurgistes chinois faisaient de la résistance encore vendredi. Mais le front de refus s'est fissuré lorsque Baosteel a accepté la hausse de 65% décidée par Vale.
Des marges plus serrées
Selon FitchRatings, les sidérurgistes en Asie comme en Europe ne pourront probablement pas transférer l'ensemble du surcoût à leurs clients. Par conséquent, ils devront compresser leur marge. L'agence de notation estime que les prix de l'ensemble des matières premières (minerai de fer, charbon, ferraille) augmenteront de 60 à 70 dollars par rapport à 2007. Le volume de transaction sur le marché mondial augmentera de 6 à 7% sur la même période.
La stratégie d'ArcelorMittal
Dans ce contexte de surenchère, les sidérurgistes tentent d'assurer un accès direct à la matière première. Telle est clairement la stratégie d'ArcelorMittal. Les observateurs font remarquer que le groupe indien était parmi les rares qui n'ont pas protesté contre les exigences de l'oligopole minier alors même qu'il a procédé à deux augmentations de prix depuis le début de l'année.
ArcelorMittal est moins vulnérable à la hausse des prix du minerai de fer que ses concurrents. En effet, le groupe indien exploite ses propres mines et est actuellement autosuffisant à hauteur de 47%. Il espère l'être à 75% en 2012 et à 90% en 2018. Et pour cause. Jeudi, le groupe avait finalisé un accord avec l'Etat de Jharkhand, dans le nord-est de l'Inde, dont le sous-sol regorge de minerai de fer. «Les matières premières ont atteint un niveau de coûts sans précédent pour notre industrie. Il est important de garantir des approvisionnements suffisants», a déclaré jeudi Christophe Cornier, PDG d'Arcelor Mittal Plats Carbone Europe, dans un communiqué.
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