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Les Echos, Mercredi 12 Novembre 2008

L'Etat américain a doublé son aide à AIG, qui affiche de fortes pertes

En deux mois, le gouvernement a pratiquement doublé son aide à l'assureur américain AIG, la portant de 85 milliards de dollars à 150 milliards. En parallèle, il a aussi adouci les conditions de celle-ci, alors que le groupe vient de publier une perte record de 24,5 milliards au troisième trimestre.

C'est un événement unique, ce n'est pas le début d'un nouveau programme », a insisté lundi Neel Kashkari, responsable du TARP (Troubled Assets Relief Program) lors de la Securities Industry and Financial Markets Associations conférence à New York. Le gouvernement a en effet puisé 40 milliards de dollars dans ce fonds de 700 milliards destiné à secourir les services financiers pour prendre une participation au capital d'AIG. « Cette action était nécessaire pour maintenir la stabilité de notre système financier », a-t-il affirmé. Sur une première tranche de 350 milliards de dollars, 290 milliards ont déjà été attribués à des banques et AIG, le seul à ne pas en être, en a reçu la plus grosse part.

L'assureur a publié, lundi, 24,5 milliards de dollars de pertes, contre un bénéfice de 3,09 milliards un an plus tôt. Il a perdu plus de 7 milliards de dollars avec son portefeuille de CDS (ou « credit default swaps », supposés assurer contre une contre-performance de produits structurés complexes) et a enregistré 1,4 milliard de dollars de pertes à la suite des ouragans Ike et Gustav. Sur les neuf premiers mois, AIG aura perdu 37,63 milliards de dollars, dont 18 milliards avec les CDS. « On ne peut pas continuer cette hémorragie de cash, a expliqué lundi Edward Liddy, le patron d'AIG, lors d'une conférence téléphonique, il faut l'arrêter et l'arrêter maintenant. »
Bonus en partie gelés

Ses équipes et celles du Trésor et de la Réserve fédérale ont travaillé tout le week-end dernier pour augmenter l'aide de l'Etat mais aussi adoucir les conditions de son financement, AIG craignant de ne pouvoir respecter ses obligations. Le montant total s'élève désormais à 150 milliards de dollars, pratiquement le double de ce qui avait été prévu il y a deux mois (un prêt relais de 85 milliards garanti par les actifs du groupe et en échange d'une participation de l'Etat au capital de 79,9 %). La Fed avait de nouveau prêté 38 milliards de dollars début octobre, portant l'aide à 123 milliards. Un mois plus tard, elle réinjecte donc à nouveau 27 milliards, pour un total de 150 milliards et restructure entièrement le plan de sauvetage.

L'injection de 40 milliards de dollars au capital (contre une émission d'actions préférentielles dotées d'un dividende de 10 %) devrait laisser la participation de l'Etat autour de 80 %. Le prêt relais initial de 85 milliards est, lui, réduit à 60 milliards sur cinq ans (au lieu de deux ans) afin de laisser le temps à l'assureur de céder ses actifs dans de bonnes conditions. Le taux d'intérêt du prêt a été réduit de 8,5 % sur le Libor (taux du prêt interbancaire à Londres) à 3 %. Tout cela devrait contribuer « à créer une structure de capital durable », a assuré Edward Liddy. Pour faire bonne mesure, les bonus des 70 premiers managers de l'entreprise vont être gelés.

« Tout cela est folie »

L'Etat va aussi, par le biais de deux nouvelles structures, racheter pour 30 milliards d'obligations couvertes par des CDS (AIG mettra 5 milliards de sa poche) et 22,5 milliards d'obligations liées à des produits immobiliers pour lesquels l'assureur mettra 1 milliard de dollars sur la table. L'objectif est de sortir du bilan les produits les plus toxiques.

« Tout cela est folie », a commenté Peter Morici, un professeur de business à l'université du Maryland, pour qui l'Etat assume de plus en plus de risques sans être certain que les contribuables s'y retrouvent. « Les sociétés qui ont acheté des «credit default swaps» à AIG ont utilisé les collatéraux de l'assureur sur les CDO (produits structurés, NDLR) les plus risqués et ne voudront peut-être pas vendre les CDO qui leur restent », a-t-il écrit dans une note lundi. Pourtant, le marché a bien réagi à ce nouveau plan de secours. Le titre de l'assureur a gagné plus de 8 % lundi alors que les principaux indices étaient à nouveau dans le rouge. Il replongeait cependant de plus de 8 % mardi en séance.

Ce nouveau sauvetage est suivi avec intérêt par les constructeurs automobiles, qui, à court de liquidités, réclament l'aide de Washington. Le 14 novembre est la date limite pour demander à bénéficier du TARP, mais rien ne dit que les industriels y auront droit.


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