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Les Echos, Mercredi 18 Mars 2009
Après le « Christian Science Monitor » et le « Rocky Mountain News », le « Post-Intelligence » de Seattle arrête ses rotatives pour se replier sur le Net. Les quotidiens américains ont supprimé 5.000 postes l'an dernier.
La prophétie du chercheur américain Philip Meyer (1) sur la fin programmée des journaux imprimés en 2043 serait-elle en train de se réaliser plus vite que prévu ? Après le « Kentucky Post », le « Christian Science Monitor », le « Rocky Mountain News », c'est au tour du « Post-Intelligencer » de Seattle (118.000 exemplaires) d'annoncer l'arrêt de sa version imprimée et son repli total sur Internet, avec 145 licenciements à la clef. Cette fois, c'est un quotidien américain majeur - propriété du groupe de presse et d'édition Hearst et dont la création remonte à la guerre de Sécession - qui décide de sauter le pas. Un autre grand journal appartenant au même groupe, le « San Francisco Chronicle », pourrait connaître le même sort après 50 millions de dollars (38,6 millions d'euros) de pertes en 2008 s'il ne trouve pas un repreneur.
Quatre Chapitre 11
Pour ce qui est du « Post-Intelligence » de Seattle qui a perdu 14 millions de dollars l'an dernier, Hearst présente l'arrêt des rotatives comme une opportunité : « Nous voyons là une grande occasion de lancer un média local complètement électronique à Seattle, en tirant parti de la marque et du talent disponible », a expliqué le président de Hearst Newspapers, Steven Swartz. Mais le passage en ligne du « Post-Intelligencer », qui va laisser à son rival « Seattle Times » un quasi-monopole, ne permettra de conserver que 20 postes de journalistes... La « transformation » du « Post-Intelligencer » s'inscrit dans le cadre d'un plan d'urgence décrété par Hearst Corp. face à la chute des revenus publicitaires : avant d'en arriver à l'arrêt des rotatives du « Post-Intelligence », le groupe a notamment annoncé une révision à la hausse de ses tarifs d'abonnement et une réduction de la pagination de ses 16 quotidiens.
« Les rédactions et la gestion administrative des journaux ont accumulé une quantité impressionnante de «gras» au fil des années dont il faut se débarrasser aujourd'hui », a lancé récemment Steven Swartz dans le cadre d'une conférence à la Columbia University. En guise de riposte à la crise, l'éditeur américain envisage de faire payer une partie de son contenu en ligne et entend élargir son lectorat sur les lecteurs électroniques du type Kindle ou iPhone. Hearst n'est pas le seul à tailler dans le vif. Au total, selon une étude du Pew Research Center, les quotidiens américains ont supprimé quelque 5.000 postes de journalistes en 2008 pour faire face à la baisse de 16 % de leurs ressources publicitaires. Et, en l'espace de trois mois, quatre groupes de presse : Tribune Co., Philadelphia Newspapers, Register Co. et Minneapolis Star Tribune se sont placés sous la protection du régime du chapitre 11 des faillites.
Opportunités de croissance
De son côté, le « New York Times » a récemment dû se résoudre à vendre l'immeuble de son siège pour réduire son endettement. Et face aux pertes de sa branche de presse quotidienne (192,7 millions de dollars contre un bénéfice d'exploitation de 66,4 millions en 2007), le « Washington Post » a annoncé, le 13 mars, la réintégration de son cahier Economie dans le quotidien.
En dépit de ces difficultés, le magnat Rupert Murdoch, propriétaire du « Wall Street Journal », estime que l'essor des contenus en ligne offre d'importantes opportunités de croissance. Pour lui, « trop de journalistes prennent un plaisir pervers à ruminer l'annonce de leur mort imminente ». D'autres patrons de presse préconisent un accord global des éditeurs de quotidiens avec Google pour défendre leurs revenus.
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