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Les Echos, Jeudi 22 Mai 2008
(...) On continue de penser le monde pétrolier comme si l'Amérique en constituait toujours le coeur. Et il est vrai que les Etats-Unis consomment encore le quart du pétrole produit sur la planète, une proportion qui n'a pratiquement pas changé depuis deux décennies. Par conséquent, une récession américaine affaiblirait la demande mondiale. Mais sans pour autant la faire reculer, à l'inverse de ce qui s'est passé lors des chocs des années 1970. En 1974, la consommation mondiale de pétrole a baissé et les Etats-Unis avaient causé les quatre cinquièmes du repli. En 1980, l'Amérique a provoqué la moitié de la baisse. Cette fois-ci, les Américains remplissent moins leurs énormes réservoirs et la demande des pays développés diminue depuis deux ans... mais la demande mondiale continue d'augmenter ! C'est ici, évidemment, que l'on retrouve la Chine et l'Inde. Lors du dernier choc pétrolier, ces géants consommaient à eux deux 4 % du pétrole mondial. Depuis, cette part a triplé. Ils brûlent maintenant la moitié de ce que brûlent les Américains. Et ils sont dans la phase du développement la plus énergétivore, celle de l'envol de l'industrie, de la construction et des transports. Autrement dit, la demande mondiale de pétrole va sans doute continuer de monter pendant des années. (...)
Et puis il y a les autres pays, ceux qui ont plusieurs décennies de réserves devant eux, comme l'Arabie saoudite, le Venezuela ou l'Iran. Ceux-là semblent être entrés dans une logique de la rente. Ils cherchent d'abord à remettre la main sur leurs ressources, au détriment des majors occidentales qui n'ont plus accès qu'au dixième des gisements recensés dans le monde. Ils s'efforcent ensuite d'exploiter leur rente au mieux. En limitant leur activité, ils gagnent sur tous les tableaux. Chaque baril valant plus cher, ils accroissent leurs recettes à production égale. En restreignant les ponctions sur leurs gisements, ils en prolongent la durée d'exploitation. Et ils étalent les investissements dans le temps. Autrement dit, ils appliquent la règle d'Hotelling, un économiste qui a décrit en 1931 ce que devaient faire les détenteurs d'une rente pour en tirer le maximum. Dans son modèle, le prix devient tellement élevé quand les hommes extraient les dernières quantités disponibles d'une ressource naturelle non renouvelable que la demande disparaît complètement...
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